
Face à son incapacité à résoudre les crises multiformes qui plombent le Cameroun, à proposer un cap qui vaille à notre pays qui s’enfonce, et incapable d’assumer son bilan désastreux, le pouvoir en place fait appel de manière récurrente à l’un de ses justificatifs de prédilection, à savoir la bouc-émissarisation. On se bornera à deux illustrations récentes.
La première illustration consiste en la mise en scène par le régime d’une prétendue « libération » récente du Cameroun du joug « colonial » français, du fait du non-renouvellement allégué par Monsieur BIYA d’accords secrets qui existeraient entre le Cameroun et la France. Les accords dont il s’agit seraient arrivés à échéance à la fin de l’année 2019 et le preux Monsieur BIYA aurait décidé d’y mettre un terme. Comme conséquence, il subirait désormais les représailles de l’ex-partenaire bilatéral désormais présenté comme étant à l’origine des crises sécuritaires auxquelles fait face le pays !
Une telle mise en scène est à la fois pathétique et regrettable. Il s’agit de tentatives d’instrumentalisation du nationalisme profond du peuple camerounais en tentant de livrer un partenaire de premier plan à la vindicte populaire. Ce faisant, le régime accrédite la thèse de l’infantilisation du Cameroun dont il prétend vouloir s’émanciper. Pour mémoire, Monsieur BIYA s’est auto-désigné « meilleur élève de la France », il n’a pas été élevé à ce rang par cette dernière.
Au demeurant, pour espérer rallier le soutien du peuple camerounais à son acte de « bravoure », pourquoi ne rendrait-il pas public ces fameux accords, ce d’autant plus qu’ils ne seraient plus en vigueur ?
En outre, si des accords secrets ont existé entre le Cameroun et la France, ils auraient été renouvelés entre 1974 et 2009 ; ils auraient donc expiré depuis 11 ans, et non pas fin 2019. Et si ceux signés en 2009 font partie des accords secrets dénoncés, il n’y a pas lieu de claironner autour puisqu’ils devraient bien avoir été signés, au nom du Cameroun, par la personne faisant fonction de chef de l’Etat à l’époque, en l’occurrence Monsieur Paul BIYA, ou par un de ses mandataires.
Que le passage du temps rende nécessaire le toilettage de certains accords de coopération participe du jeu normal des relations interétatiques. Les dissensions entre partenaires qui se respectent ne se règlent pas dans la rue. En cas de difficulté d’importance touchant aux intérêts vitaux de son pays, tout leader légitime et démocratiquement élu sait pouvoir compter sur le soutien et la compréhension de son peuple, de manière directe ou par le truchement d’un parlement véritablement représentatif. La bouc-émissarisation de l’étranger ne peut ni tenir lieu de politique étrangère, ni servir de cache-sexe au bilan catastrophique de la gouvernance en place. De même en est-il de la diplomatie des coups de semonce ou des francs-tireurs embusqués dans des journaux à la solde. Si celui qu’on croit ainsi exalter pourrait s’en satisfaire, ce n’est assurément pas bon pour le pays.
La seconde illustration a trait au traitement désobligeant réservé à l’Ambassadeur de France au Cameroun à la suite de sa réaction aux massacres survenus le 10 janvier à Mautu. Il s’agissait pourtant d’un communiqué fort détaché, sans parti pris, condamnant non seulement les massacres eux-mêmes mais aussi les attaques indiscriminées contre les populations civiles et appelant à ce que toute la lumière soit faite sur ces crimes odieux. Que pouvait-on attendre d’autre du représentant d’un pays ami face à une telle situation ? Le lynchage organisé de l’Ambassadeur Christophe GUILHOU qui n’a rien dit d’autre que ce que demandent toutes les personnes de bonne volonté, à commencer par les Camerounais eux-mêmes, en dit long sur la fébrilité ambiante dans les cercles du pouvoir. Auraient-ils quelque chose à se reprocher dans ces massacres ? Qui peut se satisfaire de ce que le quotidien de notre pays soit rythmé par de tels évènements macabres ?
La poursuite de la guerre et des tueries dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest est notre responsabilité, nous Camerounais, et notre responsabilité à nous seuls.
Le premier président du pays, Ahmadou Ahidjo, dont les conditions d’accession au pouvoir ainsi que le rôle dans la répression du mouvement nationaliste camerounais sont historiquement établis, ne fut pas moins le bâtisseur du Cameroun prospère, respecté et en décollage économique que nous avons connu. Prenant appui sur un réseau diversifié de partenaires intelligemment bâti, il a pu, en l’espace d’une dizaine d’années, placer le Cameroun sur la rampe d’un développement global, certes progressif, mais bien pensé. La destruction méticuleuse de cet héritage doit être assumée par son illustre successeur.
Nous devons nos échecs d’abord à nous-mêmes. Nous ne nous en sortirons pas si, au lieu d’en prendre conscience nous passons notre temps à pleurnicher et à pointer d’un doigt accusateur les pays étrangers.
Ni la Chine, ni les Etats-Unis, ni la France, ni quelque autre puissance ne sont les responsables ultimes de notre sous-développement, de la misère galopante de nos populations, de notre corruption endémique, de l’absence d’Etat de droit et d’une Justice injuste, de la violation barbare des droits de nos propres compatriotes, d’une gouvernance archaïque, du manque de vision et d’ambition pour notre Nation. Il nous est loisible de nous organiser, de nous discipliner, de travailler dur, de travailler plus, de cultiver la confiance entre Camerounais et entre les Camerounais et l’Etat, et immanquablement le développement partagé et équilibré dans un Cameroun moderne sera au bout de nos efforts. »
Le 17 janvier 2021
Face à la néo-nazification progressive d’une frange naïve des Camerounais par les apprentis-stratèges du régime, Maurice Kamto, lucide comme à son habitude, et assumant entièrement ses responsabilités de président légitimement élu depuis la présidentielle du 7 octobre 2018, quoique écarté de force de l’exercice de son haut magistère, réduit à sa portion congrue dans la tribune ci-dessus, le discours pseudo-patriotique des imposteurs apparentés au régime du président Biya, qui aiment à jouer les chantres d’un nationalisme sulfureux et suranné, en tentant depuis quelques années de se défausser des échecs monumentaux du “meilleur élève de la France” sur tout pays qui tente de critiquer le déficit de démocratie et de légitimité des dirigeants en place au Cameroun depuis quatre décennies, .
Il va sans dire qu’avant Maurice Kamto, l’ancien Conseiller Technique à la Présidence de la république, Christian Penda Ekoka –actuellement président du Mouvement AGIR- qui est son allié depuis la présidentielle de 2018, avait déjà commis une remarquable tribune relativement à la tendance hypocrite qui consiste pour les proches du régime à rediriger le combat des Camerounais pour l’avènement d’une société démocratique dans leur pays, vers, tantôt une soi-disant nouvelle lutte de « décolonisation » tout en serinant sur tous les toits que leur régime est le condensé tropical de tous les régimes du monde qui contre lesquels la prétendue puissance des nations occidentales impérialistes ne peut rien, tantôt vers un travail de mémoire à tout le moins passéiste qui consiste à s’arc-bouter sur les offenses graves faites au Cameroun par la France depuis la tutelle jusqu’à ce jour, en fermant les yeux sur les crimes commis pour la sauvegarde du pouvoir par des Camerounais sans âme, ni conscience, que la basse préservation de leur beefteak a complètement déshumanisés.
Une redirection qui aurait pour but de faire regarder ailleurs, pendant que la tyrannie gabégique et incompétente au pouvoir continue tranquilement de perpètrer les pires atrocités contre les Camerounais désormais rongés jours et nuits, sans arrêt, par des vampires qui les ont complètement zombifiés. Tout le mérite du propos Kamtoïen qui vient juste à propos renforcer la réflexion de son camarade de lutte, Penda Ekoka, est là : faire voir aux Camerounais qui est leur véritable ennemi… endogène !